jeudi 23 décembre 2010

Le vieillard et son ombre.. Abdoulaye Wade

Abdoulaye Wade, qui passe les premières heures de ses matinées à taper
son propre nom sur Google pour voir ce que le monde a dit à sa gloire, tient Aziz Sow pour responsable de ce qui lui arrive. Plus que huit jours avant la fermeture de son festival et pas un seul périodiste dans le monde ne parle de son Fesman. Les rares journaux qui l’évoquent accompagnent leurs révélations croustillantes de vibrantes moqueries. Les blogueurs africains sont inconsolables et vilipendent ses noces ubuesques, dans un pays privé d’eau et d’électricité. Avant eux, les chefs d’Etat du monde entier se sont comme passé le mot, pour boycotter ensemble ce ballet loufoque. Il y a deux ans, ce président jurait que l’organisation du Fesman lui avait été confiée par l’Union africaine. Il y attendait de grandes personnalités du monde comme Lula da Sylva, Nicolas Sarkozy et Barack Obama, rien de moins.

De la cinquantaine de chefs d’Etat africains, il n’y a eu que trois qui ont voulu se déplacer, après moult conciliabules. La veille du lancement des activités, le jeudi 9 décembre, il a fait reporter la cérémonie dite solennelle pour, disait-il, « attendre les chefs d’Etat, qui sont au Burkina Faso et qui ont décidé de venir après ». Finalement, trois se sont présentés à sa Cour. A la journée dite « des chefs d’Etat », pendant laquelle il espérait faire étalage de toute sa science devant ses pairs africains, seuls trois chefs d’Etat étaient encore présents, offrant à plus mégalomane que lui, Muammar Khaddafi, l’occasion de transmettre aux africains un message des « rois traditionnels d’Afrique », qui l’ont sacré « roi des rois ». La parade que Wade voulait organiser, devant les chefs d’Etat du monde entier accompagnés des puissants médias de leurs pays a raté. Ce sont les badauds qu’il voulait chasser de la capitale pour faire place à ses invités de marque qui profitent maintenant des spectacles offerts à la Place de l’Obélisque. Ils ont l’occasion de voir celle que les rappeurs endimanchés et les reggae-men dreadlockés affectionnent depuis plusieurs semaines, Sindiely Wade en chair et en os. Avec son blue-jean et ses bottes de cuir au milieu de ces mélomanes surexcités, on dirait Calamity Jane plantée dans une tribu de bonobos.

Voilà ce à quoi se résume ce festival, annoncé en 2004 pour se tenir en 2006, reporté au moins trois fois dans le but d’en faire la plus grande manifestation culturelle jamais organisée en Afrique. L’échec est à la mesure des ambitions déclarées. 35 milliards de francs consentis, auxquels il faut ajouter 15 milliards trouvés in extremis et 5 autres milliards accordés par la Société générale, soit un total de 55 milliards de francs qu’il nous faudra payer. Tous les démembrements de l’Etat ont été mobilisés. Un ministre Délégué général au Fesman et un ministre d’Etat chargé du Fesman ont été nommés, du jamais vu dans une République, sans compter la désignation tardive d’un ministre de la Diaspora, lui aussi attaché aux soins de Sindiely Wade. Le tout s’est révélé un fiasco qui donne de mon pays une très mauvaise image, mais je ne suis pas malheureux. Il fallait bien que pareille chose arrive à Abdoulaye Wade et qu’il paie devant le monde entier, l’injure qu’il nous fait tous les jours, en vantant le génie propre à ses enfants.

Mardi, les organisateurs ont à leur tour trouvé en Mamadou Koumé, chargé de la communication du Fesman, leur tête de turc et l’ont privé de nourriture. Mais il ne fait aucun doute qu’il s’agit avant tout de l’échec de ce que Wycleaf Jean a nommé « the Wade family ». Le Sénégal n’a rien à voir avec cette manifestation grandiloquente. C’est Abdoulaye Wade, son hymne, sa femme, son fils et sa fille qui ont raté leur propre mise en scène. Les dizaines de milliards investis, les six années passées à préparer cet évènement et l’état d’impréparation dans lequel ils ont été trouvés émeuvent les observateurs du monde entier. Finalement, ce Fesman a été une véritable faute de goût.

Abdoulaye Wade est seul capable de raconter le phénomène humain qu’il est. Malgré le boycott de son Fesman et les nombreuses récriminations qu’il essuie jusques et y compris dans son gouvernement, il continue de penser que les chefs d’Etat africains se sont ligués contre lui parce qu’ils sont jaloux de son talent. Il est là à contempler son ombre, inventeur de sa propre renommée. Ceux qui auraient pu le tirer de cet entêtement destructeur ne font rien pour l’aider. Interpellé à l’émission Sol Majeur de Radio France sur caractère stalinien du monument de la renaissance, Pierre Goudiaby Atepa, qui se présente comme l’architecte-conseil du chef de l’Etat n’a fait aucun effort pour se défendre : « Oui, on peut dire que la statue a quelque chose de stalinien, so what ! », pour faire « english ». Atepa s’est présenté lui-même au cours de cette émission comme « le dernier pharaon ».

Wade se contemple et se congratule, coupé et décalé du réel. Le preux politicien qui aimait les bains de foule, les contacts directs avec les populations, s’est enfermé dans une prison volontaire, raréfiant les audiences, se contentant des rapports trompeurs que lui font ses affidés. Ses discours sont d’un rendu de plus en plus bref, ses audiences écourtées ou reportées sans délai. Tous ceux qui vont lui rendre visite sont soumis aux fouilles corporelles et aux détecteurs de métaux, tous soupçonnés de lui vouloir du mal. Il ne va jamais rendre visite aux populations des zones inondées, aux paysans soumis tous les ans à des programmes agricoles différents ou aux soldats qui se battent sans moyen en Casamance, mais il est capable de traverser l’atlantique pour aller voir un film de deux heures accompagné de sa Cour.

Ses courtisans zélés n’y voient aucun inconvénient. Le génie de Kébémer est doté d’un puissant cerveau capable de saisir à distance, les réalités les plus complexes. C’est ce qui lui fait nommer dans un même gouvernement, un ministre des Affaires étrangères, un ministre des Sénégalais de l’extérieur et un ministre de la Diaspora. S’il fait des sorties de plus en plus rares, rien d’inquiétant à cela. Il a les yeux rivés sur les dossiers brûlants de l’Afrique et du monde, qui l’occupent de neuf heures à deux heures du matin. Il serait sur le point de nous révéler ce que sera l’Afrique en 2011 et le gouvernement continental qu’il se prépare à mettre en place. Au lieu d’inquiéter son monde, ses longues disparitions suivies d’apparitions de plus en plus rares alimentent la légende et le culte. Son Dieu l’aurait doté de capacités hors du commun. Depuis plusieurs semaines, la télévision nationale fait défiler des images datant de 2002, le montrant à la Mecque dans toute sa fraîcheur physique. On laisse défiler les images sans commentaire, pour que le téléspectateur devine qu’il s’agit d’une course à pied récente et qu’il peut être rassuré par l’état de santé de son guide éclairé. Abdoulaye Wade assure lui-même que tous ses grands-parents ont vécu plus de 120 ans. Même s’il convainc difficilement, puisque ses frères et sœurs sont tous morts avant d’avoir l’âge qu’il a, il se croit capable de faire plier la nature sur ce point. Il n’y a aucun mal à le ramener à la réalité.

SJD

vendredi 17 décembre 2010

Le festival du César nègre

« Ce n’est pas à l’écorce qu’on reconnaît le fruit,
mais en y plantant les dents »
José SARAMAGO


C’est une énorme prouesse que de réunir les Noirs du monde entier pour papoter sur leur apport à la civilisation, parler de Renaissance africaine, sans évoquer un homme qui a consacré toute sa vie à cette cause, je veux parler de Cheikh Anta Diop. Ce à quoi se refuse Abdoulaye Wade jusqu’à l’obstination. Les grands intellectuels qui se sont laissé embarquer dans ce folklore grandiloquent qu’on appelle Fesman vont trouver cette chose étrange. Mais, je l’imagine bien, l’illustre savant de Cëytu aussi. Seul dans sa tombe, il doit se sentir embarrassé par son contemporain. Car personne ne connaît les raisons de ce mépris. Toute sa vie durant, au carrefour de l’histoire, l’anthropologie, la physique et la chimie, Cheikh Anta Diop s’est battu contre les préjugés racistes développés par l’historiographie coloniale. Sa pluridisciplinarité, il ne la proclamait pas, il la mettait au service du continent africain. Il est le premier homme noir à expliquer de la manière la plus évidente possible que non seulement l’Afrique est le berceau de l’humanité, mais que l’Egypte ancienne, présentée comme le modèle de civilisation le plus achevé de l’histoire de l’humanité, était nègre ou l’avait été. Cet homme de science émérite a surtout jeté les bases scientifiques de l’unité africaine, en démontrant par la linguistique et les pratiques culturelles, la parenté historique entre le sénégalais et son frère qui vit à l’autre front oriental du continent, en Ethiopie. Dès 1947, il s’est engagé dans le combat pour la création d’un Etat fédéral africain, à travers le concept de « renaissance africaine ». Son ouvrage L'unité culturelle de l'Afrique noire a été publié en 1959, un an avant la soutenance de sa thèse, au moment où la plupart des Etats africains accédaient à la souveraineté internationale. Rentré à Dakar la même année, il a mis en place le premier laboratoire africain de datation des fossiles archéologiques au radiocarbone. Abdoulaye Wade, on l’oublie assez souvent, a été son camarade d’université à la Sorbonne, mais aussi son camarade de parti, au milieu des années 60. Son silence s’en trouve non seulement injustifié, mais troublant. Quand Abdou Diouf a baptisé l’université et l’avenue adjacente du nom de cet illustre africain, Abdoulaye Wade avait jugé que c’était « trop ».
Senghor, qu’il cite abondamment à côté de Nkrumah sans jamais rien comprendre de son « consciencisme », restera pour moi le plus grand traître à la cause Noire. J’ai revu cette semaine une video de l’Ina dans laquelle, interrogé par la télévision française sur les relations entre la France et ses anciennes colonies, le poète explique tranquillement au journaliste que « c’est vous les blancs qui nous avez appris la logique ». C’est le même qui a doctement enseigné à ses pauvres camarades africains que « l’émotion est Nègre, la raison Hélène », reprenant les thèses racistes et européocentristes de Lucien Levy Brühl. Le président Senghor avait tout fait pour écarter Cheikh Anta Diop des universités, pour la raison que voici : l’historien aurait eu la mention assez-bien, ce qui était insuffisant aux yeux du poète-président, pour enseigner dans les universités. Alors que tous les hommes honnêtes savaient que s’il n’a pas obtenu la mention Honorable, malgré l’importance de ses recherches et les conclusions importantes auxquelles il était parvenu, c’est parce que ses thèses dérangeaient toutes les idées préconçues de son époque sur l’Afrique. Cheikh Anta Diop n’a obtenu le titre de professeur que 21 ans après avoir défendu sa thèse de doctorat. Mais Senghor n’était pas dévoré par cet instinct de jalousie grégaire qui habite Abdoulaye Wade. Lors du premier Festival mondial des Arts Nègres de 1966, devant d’éminents intellectuels venus du monde entier, Cheikh Anta a été sacré « auteur africain qui a exercé le plus d'influence sur le 20ème siècle ». Ce n’était pas une consécration, c’était une simple constatation. Malgré son isolement politique et intellectuel, l’auteur de Nations nègres et culture était déjà enseigné dans les plus grandes universités du monde et ses thèses défendues par les plus grands intellectuels du monde. D’éminents chercheurs comme Theophile Obenga, Pathé Diagne et Djibril Samb lui ont consacré des écrits. Je pense surtout à l’un des les plus récents, mais qui nous révèle à quel point la démarche d’Abdoulaye Wade est frappée de méchanceté et de malhonnêteté, c’est le livre de Doué Gnonsoa, Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga : Combat pour la Re-naissance africaine, paru en 2003. J’aurais pu citer l’ouvrage de Jean-Marc Ela Cheikh Anta Diop ou l'Honneur de penser, paru en 1989. Laisser un trou béant sur l’œuvre de cet homme pour le vouer à l’oubli est un crime.
Cheikh Anta Diop nous a permis de savoir que sur cette terre appelée Afrique, l’homme s’est mis debout pour la première fois et a érigé l’une des plus brillantes civilisations de l’histoire de l’humanité. Mais il nous a surtout permis de comprendre le procédé par lequel nous avons perdu cette supériorité technique et intellectuelle, à partir de la fin du 15ème siècle. Mon ancêtre noir qui embarquait dans les cales des Négriers était occupé à une seule chose, sa libération. Mais il n’avait pas une idée précise des forces qui étaient en jeu. Cheikh Anta Diop nous a permis d’en comprendre le mécanisme. Le capitalisme naissant, poussé par le besoin de débouchés, a brisé son isolement régional, pour asseoir les bases d’un trafic humain et marchand universel, que nous appelons aujourd’hui mondialisation. Or, la pire des aliénations mentales, c’est que les pays dits « développés » continuent de donner à nos pays dits « sous-développés » l’image de leur développement futur. C’est ce qui nous fait toujours penser notre développement en termes de progrès technique, dans le domaine des sciences, des arts et de la culture. Or, j’ai toujours soutenu que le plus grand des progrès que les sociétés humaines aient accompli est immatériel. C’est l’ensemble des valeurs de démocratie, de justice sociale sur lesquelles doit se fonder tout progrès matériel. Tous ceux qui se sont battus, depuis l’institution de l’esclavage jusqu’aux combats contre la ségrégation raciale en Amérique du Nord et en Afrique du Sud l’ont fait au nom de valeurs qui n’ont rien de matériel. Ce sont des valeurs morales de justice et d’égalité. En réalité, toutes les civilisations sont mortelles et celle européenne n’en fera pas exception. Elle est déjà à l’agonie.
La question qui doit nous occuper n’est donc pas de savoir si nous avons eu une vie antérieure meilleure et dans quelles conditions nous sommes morts en tant que civilisation, mais dans quel monde nous renaissons et de quels moyens nous disposons pour le rendre plus humain. A y voir de près, les conditions de notre asservissement sont toujours là. La mondialisation, nouvelle appellation de la bourgeoisie internationale, a cassé les barrières des nations et livré les plus faibles aux plus forts de ce monde. Abdoulaye Wade sert à la fois les mêmes intérêts et la même idéologie. Il construit des routes pour offrir des débouchés au capitalisme sauvage, vend les terres de nos ancêtres aux plus fortunés, transforme nos cultivateurs en ouvriers agricoles, offre aux riches ce qu’il prend aux pauvres. La renaissance africaine qu’il défend est celle d’une poignée de célébrités noires avec lesquelles il aime fricoter et pour lesquelles il est prêt à dépenser sans compter. Tous les soirs, des hommes transportés, logés et nourris aux frais du contribuable s’entichent dans les suites, se retrouvent dans les soirées mondaines et les dîners de gala, pendant qu’à l’autre bout de la presqu’île du Cap-Vert, des millions d’individus croupissent dans la misère.
Il y a sur ce point, deux enseignements qu’il nous faut tirer de Cheikh Anta Diop et de Nelson Mandela, un autre illustre africain qu’Abdoulaye Wade ne cite jamais, deux notions qui se côtoient mais ne s’excluent pas, l’africanité et l’universalité. Nous tous qui sommes des hommes noirs, en Afrique et ailleurs, sommes confrontés aux mêmes logiques dominatrices qui empêchent notre épanouissement. C’est donc par la conscience que nous devons être solidaires de ce même combat que nous vaincrons. Sur ce point, je ne fais que reprendre à mon compte, une belle analyse de Trotsky. A une échelle plus petite, c’est que nous voulons expérimenter, en organisant le 18 décembre prochain, des manifestations synchronisées dans toutes les grandes capitales du monde. Si nous devons renaître, nous ne le serons pas en tant que sujets du roi Abdoulaye Wade.

SJD

vendredi 19 novembre 2010

Reporters sans frontiéres: Condamnation de Abdou Latif Coulibaly, journaliste

Le 16 novembre 2010, le journaliste Abdou Latif Coulibaly a été condamné, avec deux de ses collègues, à un mois de prison avec sursis et 20 millions de francs CFA d’amende (environ 30 000 euros). Le verdict, très attendu, de ce procès médiatisé survient près de deux mois après la tenue du procès, le 14 septembre dernier. Il pose à nouveau la question de la dépénalisation des délits de presse et de l’indépendance de la justice au Sénégal.
Reporters sans frontières s’interroge sur l’équité de ce procès qui s’apparente fort à une chasse à l’homme destinée à décourager l’un des journalistes les plus critiques du pays. Par extension, ce procès pourrait intimider les professionnels des médias, les pousser à l’autocensure et menacer ainsi l’avenir de la presse d’investigation au Sénégal.
Alors qu’un nouveau code de la presse, approuvé par le président de la République, est en passe d’être soumis à l’Assemblée nationale, nous demandons que cette volonté d’améliorer la situation de la presse et des journalistes au Sénégal dépasse les simples déclarations d’intention. Nous engageons fermement la justice à prendre en compte et mettre en application les déclarations gouvernementales, à faire preuve d’impartialité et de probité.
En 2007, le journaliste et écrivain avait publié dans les colonnes de l’hebdomadaire La Gazette, dont il est le directeur de publication, un article intitulé "Thierno Ousmane Sy au cœur du scandale" dans lequel il incriminait Thierno Ousmane Sy, conseiller du chef de l’Etat Abdoulaye Wade pour les Technologies de l’information et de la communication. Avec la collaboration de ses collègues, Aliou Niane et Alioune Badara Coulibaly, il y avait déclaré que "des étrangers, en association avec des nationaux très haut placés dans les structures de l’Etat, s’étaient partagé 40 millions de dollars" de commissions en 2007, lors de la vente de la 3e licence de téléphonie mobile au groupe soudanais Sudatel. Le journal avait clairement identifié Thierno Ousmane Sy comme étant au centre du scandale. Celui-ci avait alors porté plainte en diffamation contre les journalistes.
Ce procès a suscité l’intérêt général du pays : des opposants, ainsi que des organisations de la société civile, ont ainsi organisé un jury d’honneur pour entendre le journaliste Abdou Latif Coulibaly. La Gazette a réagi au verdict en soulignant "la tendance fâcheuse des juridictions sénégalaises qui, trop souvent, interprètent et appliquent la loi sur les délits de presse en général et la loi sur la diffamation en particulier de façon restrictive et mécanique". Le juge se trouve ainsi réduit à un rôle de simple exécutant d’une législation liberticide.
Le procès d’Abdou Latif Coulibaly et de ses deux confrères révèle de manière flagrante la difficulté, voire l’incapacité, des médias et des journalistes de mener des investigations dans le cadre d’affaires de corruption compromettant les arcanes du pouvoir. Il est notamment troublant que Thierno Ousmane Sy n’ait pas eu à s’expliquer des accusations dont il avait fait l’objet. Reporters sans frontières demande aux juges d’accroître leur vigilance lors du procès en appel et de faire de l’équité leur priorité.
Le célèbre journaliste, par ailleurs directeur de l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication (ISSIC), est sous le coup d’un autre procès en appel contre le directeur de la société sénégalaise de jeux Lonase, suite à la publication de son livre "Lonase : chronique d’un pillage organisé". Abdou Latif Coulibaly, reconnu pour son professionnalisme et la rigueur de son travail, est l’auteur de plusieurs ouvrages d’enquêtes très critiques envers la gestion du président Wade et de son fils Karim.

lundi 25 octobre 2010

Sénégal: Indignité démocratique

En projetant son fils aux commandes du ministère de l’Energie, en sus de ses autres attributions gouvernementales, le président Abdoulaye Wade semble le positionner de plus en plus comme le futur homme fort du Sénégal. Un garçon qui, à part d’être le fils de son père, n’a aucune légitimité sur le terrain politique, économique et social.

S´étant tenu à dix mille lieues des mouvements protestataires initiés par le Parti démocratique sénégalais (Pds) que dirigeait son père à l’époque de la gouvernance socialiste, il ne s’était pas non plus révélé à l’attention de l’opinion, comme nombre de ses compatriotes connus dans les lycées, pour leurs brillants résultats scolaires, raflant tous les prix d’excellence ; ni pour son implication dans le mouvement élève, étudiant ou associatif.

Héraut de la première alternance politique du Sénégal survenue à l’issue d’élections libres et transparentes, le président Abdoulaye Wade aurait été plus inspiré en articulant sa préoccupation autour de la donne essentielle qui met l’émergence économique et la bonne gouvernance au cœur du débat, au lieu de s’abîmer dans des calculs frappés d’indignité démocratique. C’est à se demander comment cet ancien opposant, juriste de surcroît, qui s’est battu pendant 25 ans pour une dévolution démocratique du pouvoir peut-il développer des pratiques autoritaires dignes d’un Mobutu ou autre Eyadema en « bombardant » son fils de lourdes responsabilités ministérielles ?

Jamais dans le Sénégal indépendant, famille de chef d’Etat n’aura été aussi présente dans l’architecture gouvernementale jusqu’à se retrouver au cœur de certaines prises de décisions qui engagent le devenir du pays. Un ambassadeur démis de ses fonctions et rappelé par la tutelle parce que la fille du chef de l’Etat, nommée dans la coordination du Festival mondial des Arts nègres serait mécontente du fait qu’il n’ait pu lui trouver une audience avec le président du Brésil. Un ministre renvoyé par la faute d’un désaccord avec le fils du président qui réclamait sa tête. Un Président de l’Assemblée nationale, 2ème personnalité de l’Etat de l’époque, destitué de ses fonctions pour avoir eu l’outrecuidance de convoquer ce même fils pour l’auditionner par les députés sur les chantiers controversés de l’Anoci dont il avait la charge.

Aussi, le président Abdoulaye Wade est-il instamment invité à savoir raison garder du fait que le challenge qu’il lui incombe de relever ne saurait se complaire, comme il en donne l’impression, dans une estime mégalomaniaque de soi.

Le Sénégal mérite d’offrir autre chose à l’Afrique et au monde que le visage hideux d’un Etat cabossé déroulant une chronique quotidienne de la désinvolture. Il y a urgence à le réconcilier avec l’Etat de droit, un Etat impartial garant de la laïcité, de la séparation des pouvoirs, de l’exercice des libertés et de l’unité nationale.

Vieux Savané Journaliste

vendredi 27 août 2010

Chronique de Souleymane Jules Diop

[ CHRONIQUE ] Noirs, soyez fiers de votre peu

« Les haines de races ne sont jamais
au fond, que des haines de places »
Edmond ROSTAND

J’ai été à Frankfurt, à l’invitation de la communauté africaine et afro-allemande, pour présenter une communication sur l’Afrique des indépendances, enjeux démocratiques et perspectives économiques. Cette rencontre était d’une importance capitale. Le racisme naît de l’ignorance et l’ignorance de la méconnaissance. Si nous voulons combattre le racisme et les préjugés dans la tête des autres, nous devons commencer par leur dire qui nous sommes. A la demande de nombreux lecteurs, je veux partager avec vous l’essentiel de ce que j’ai dit à mes amis allemands.

Chers amis,
C’est un honneur pour moi, que d’être invité à ce festival des cultures africaines, pour présenter une communication sur l’Afrique. Je voudrais aussi féliciter les organisateurs d’avoir eu la brillante idée d’inviter à ce festival, le conservateur de la Maison des esclaves de Gorée, monsieur Eloi Coly. Cela nous a permis d’avoir la pleine mesure du chemin parcouru par les peuples africains et les nombreux obstacles qu’il nous a fallu surmonter pour accéder à la dignité humaine. Le fait que cette conférence se déroule en terre allemande revêt autant un caractère historique que symbolique. C’est en effet ici en Allemagne, à Berlin précisément, que s’est déroulée la célèbre conférence du même nom, qui a consacré le morcellement de l’Afrique et la généralisation de la colonisation. La seconde raison tient à des considérations intellectuelles. C’est ici aussi, que le père de l’idéalisme allemand, Georg Frederick Wilhelm Hegel, qui a vécu dans ce pays de 1804 à 1872, a émis ce jugement malheureux selon lequel « l’Afrique est le continent de l’enfance qui, au-delà du jour de l’histoire consciente, reste enveloppée dans la couleur noire de la nuit », repris il y a quelques années par un certain Nicolas Sarkozy.
Hegel, à dire vrai, se faisait l’écho des thèses défendues par des racistes comme Gobineau, qui avait déjà décrété que « l’Afrique n’a pas d’histoire, l’histoire commence quand l’homme se met à écrire ». Ces intellectuels émettaient ces jugements malgré la splendeur des pyramides d’Egypte et d’Ethiopie, les traces laissées par les pharaons noirs, les écritures en Ege’z, en Amharique, mais aussi les témoignages faits par les grands penseurs grecs comme Diodore, sur l’apport de l’Egypte à la civilisation grecque et surtout le fait que ces égyptiens étaient dans leur plus grande majorité des hommes de couleur. Ils ignoraient aussi les documents écrits laissés par des universitaires de Tombouctou dans des domaines aussi avancés que la médecine, l’astrologie.
Il fallait un cadre idéologique et une justification intellectuelle de l’esclavage et plus tard de la colonisation, par l’affirmation de l’infériorité des Noirs et surtout leur inaptitude au progrès. Il y a naturellement, une confusion entretenue entre évolution et progrès, alors qu’une société peut tout à fait évoluer dans un sens régressif ; entre progrès technologique et progrès moral, alors qu’à partir du 16ème siècle notamment, l’Europe a utilisé son avantage technologique, sa prétendue supériorité morale pour dominer partout les peuples et les asservir. Ces mêmes progrès, loin d’avoir humanisé l’homme, ont conduit quatre siècles plus tard, aux deux guerres les plus meurtrières de l’histoire. Ici même en Europe, on l’oublie assez souvent, les peuples Gitans, Roms et Slaves ont été soumis pendant des siècles à l’esclavage. Le peuple slavic a gardé ce nom, qui signifie slaves, esclave. Il faut donc le dire, l’Afrique n’est pas le lieu de naissance de la division et de la haine, elle n’a pas le monopole de la barbarie. C’est aussi la preuve que les divisions que nous connaissons aujourd’hui entre les peuples et les Etats ne sont pas insurmontables. J’y reviendrai plus loin.

J’ai donné Berlin comme point de départ d’une nouvelle forme de domination culturelle et économique que l’on appelle colonisation. Cela ne veut pas dire que les africains se sont laissé faire. De part et d’autre du continent, les peuples ont organisé de grandes résistance, conduites par des figures historiques qui ont laissé leur nom à la postérité. Samory Touré, Chaka Zoulou, El Hadj Omar et Lat Dior conduisaient des armées composées de vaillants soldats qui avaient la conscience de défendre leur honneur et leur patrie. L’Ethiopie du Negus Hailé Selassie, symbole de la résistance des peuples d’Afrique, a défait les troupes italiennes à deux reprises pour dire non à la colonisation.
Dans le monde, dès le début de la colonisation, des intellectuels noirs se sont organisé au péril de leur vie, pour non seulement exprimer l’unité de destin du peuple noir, mais défendre leur droit à la dignité. Bien avant les Césaire, Senghor, Cheikh Anta Diop, Nkwamé Nrumah, Patrice Lumumba, des africains de la diaspora se sont farouchement battus pour l’indépendance des peuples d’Afrique. Puisque la colonisation prenait sa justification idéologique dans une prétendue supériorité intellectuelle de l’homme blanc, c’est sur ce terrain que les premiers intellectuels vont battre en brèche les thèses racistes.
La première conférence panafricaine s’est déroulée du 23 au 25 juillet 1900 à la Mairie de Westminster, à la convocation de Henry Sylverster Williams, avec la participation d’éminentes personnalités comme la noire américaine Annah Coper, qui deviendra la première femme noire docteure d’Etat à la Sorbonne, l’avocat Williams Dubois. Les rares journaux français qui ont rendu compte de cet évènement l’ont qualifié de « manifestation bizarre ». C’est pourquoi Dubois va lancer en 1901 un journal qu’il va appeler « Le panafricain » et qui se proposait d’être « la voix des millions d’africains et de leurs descendants ». Il y a eu après cet évènement mondial, une autre date importante, la Déclaration universelle des droits des peuples nègres du monde du 1er août 1914 à New York, une deuxième tenue en 1920 sous l’égide de Marcus Garvey.
C’est vous dire que pendant toutes ces années de domination, les Africains n’ont pas baissé les bras, loin s’en faut. L’Afrique s’est organisée sur le plan intellectuel et militaire pour dire non à l’envahisseur. Quand nos grands parents se sont engagés volontairement dans la première et la deuxième guerre mondiale, c’était avec la promesse qu’ils allaient devenir des hommes libres. Plus d’une centaine de milliers de nos parents et grands-parents sont morts pour une indépendance à laquelle ils étaient sûrs de ne jamais assister. Ils étaient souvent sans formation, sans préparation, endurant un froid qu’ils n’ont jamais connu, jetés au front pour servir de chair à canon. Aux Etats-Unis, les Noirs se sont battus avec la même détermination pour participer à la guerre de sécession, parce que l’enjeu était l’abolition de l’esclavage.
Il ne faut pas oublier que jusqu’au début du siècle dernier, quand un blanc était accusé d’un vol ou d’un meurtre en Amérique, il était jugé. Mais quand un noir était accusé des mêmes faits, il était lynché parce qu’il n’était pas un homme.. Les Noirs se sont battus, malgré les menaces, malgré les assassinats organisés par des associations racistes comme le Ku Klux Klan, pour leur libération.
Il n’y a pas, dans l’histoire, un peuple qui se soit autant battu pour devenir libre.
Tous ces combats devaient donc mener l’Afrique vers les indépendances, comme aboutissement de ce qui a été appelé la décolonisation. Malgré les engagements pris sous l’égide de l’Onu, de nombreux peuples ont payé de leur sang le prix de l’indépendance. La Guinée Bissau a obtenu son indépendance après une lutte armée qui a duré près de 15 ans.
Il est aussi injuste de penser que les Africains n’ont rien fait pour à la fois s’opposer à la balkanisation du continent et œuvrer à l’unité africaine.
Toutes les initiatives prises par de grands africanistes comme Nkrumah, Lumumba et les tentatives de constitution d’ensembles sous-régionaux se sont heurtées à fois aux intérêts des anciens colons et à la nouvelle réalité née de la deuxième guerre, l’opposition entre l’Union soviétique et les Etats de l’Otan en général. Ces deux blocs ont œuvré pour la mise en place de régimes forts, souvent militaires, dirigés par des dictateurs sans aucune éducation. Le premier d’entre eux était le sergent-chef Eyadema, copié par des dictateurs comme Mobutu Sesse Seko, Bokassa ou Amin Dada.
Il faut donc dire, pour marquer une différence dans la façon d’approcher la question coloniale, que nous avons moins souffert de la colonisation que des rivalités entre les puissances du Nord sur le continent africain. La colonisation, sans vouloir la minimiser, n’a duré que 60 ans en moyenne, entre la disparition des derniers empires, autour de 1885-1890 et le début des indépendances, en 1958. Le discours sur la démocratie en Afrique, les droits des peuples n’est revenu au goût du jour qu’avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétique. Les suppôts de l’occident étaient des dictateurs et ceux qui voulaient les remplacer, dans leur majorité, voulaient remplacer une dictature par une autre, celle du « prolétariat ».
La fin de l’apartheid et la libération de Mandela n’ont été possibles qu’avec l’effondrement de l’URSS. Mandela lui-même était inscrit jusqu’en 2007 sur la liste des terroristes et interdit de séjour aux Etats-Unis. Il faut donc reconnaître, pour être juste, que l’Afrique a plus souffert de facteurs exogènes, autant dans les causes des nombreux conflits qui ont affecté le continent que dans l’implantation tardive de la bonne gouvernance sur le continent. Foccart nous a fait plus de mal que Faidherbe.
Cette période a été le prétexte à de nouveaux préjugés. Après avoir été un peuple sans histoire, l’Afrique était devenue un continent inapte à la démocratie et incapable de développement économique, en raison de particularités sociologiques, ethnologiques et parfois même biologiques. Ces 50 dernières années, les Africains ont été accablés des plus grandes tares de l’humanité, avec des sentences du genre Et si l’Afrique refusait le développement. Il y a 15 ans encore, ces prophètes du malheur prédisaient une Afrique dominée par les guerres, la famine. Ils annonçaient la disparition de pays comme l’Ouganda, à cause du Sida, la faillite de l’économie d’Afrique du Sud pour les mêmes raisons. Comment ne pas citer le fameux livre de Stephan Smith intitulé Negrologie, pourquoi l’Afrique meurt. Une œuvre épouvantable qui s’ouvre par la description d’un accident d’avion au Congo. La porte de l’Antonov qui s’ouvre, et l’air qui aspire la plusieurs dizaines de passagers. Le but était naturellement de prouver l’irresponsabilité des africains et leur manque de rigueur. L’auteur poursuit sa description par une série de scènes de pillages, de guerres tribales, de mains coupées au sabre, de viols collectifs. Vous sortez de cette lecture éprouvés, en pensant effectivement qu’il vaudrait mieux laisser l’Afrique mourir.
C’est une fausse prophétie. L’Afrique est debout, elle soigne ses blessures, elle marche. La vérité c’est que l’Afrique n’est en rien une exception culturelle ou sociologique. Une exception raciale, oui. Mais il n’y a pas plus de haine entre les Maliens et les Sénégalais, qu’il n’y en a entre les Flamands et les Wallons en Belgique, entre les Français et les Allemands.
Les économistes les plus sérieux faisaient les mêmes prévisions pessimistes sur l’Asie, il y a 50 ans. On disait que le bouddhisme et le confucianisme qui avaient envahi les cerveaux des asiatiques, les rendaient inaptes au développement. De grands experts envoyés en Asie avaient décrété la mort clinique de ce grand continent, à l’exception du Japon. Aujourd’hui, la plupart des guerres, pas toutes, sont terminées. Celles qui persistaient encore étaient le fait de grands délinquants. Je suis heureux de vous annoncer qu’en ce moment même, l’agent russe qui fournissait toute l’Afrique de l’Ouest en armements, Victor Bout, a été arrêté en Indonésie et devrait être extradé vers les Etats-Unis. Depuis 15 ans, l’Afrique connaît des taux de croissance de l’ordre de 5 à 6 %, supérieurs à la moyenne mondiale. Il y a eu une chute en 2009 du fait de la crise mondiale, mais le FMI prévoit une croissance de 4,5 en 2010 et 5,5 en 2011. La Banque africaine de développement est plus optimiste encore, elle prévoit une croissance de 5,5 en 2010 et 7% en 2011. Et même en 2009, sur les 20 pays qui ont connu la plus forte croissance économique dans le monde, 9 sont africains. Un pays comme l’Angola, qui sort de 30 ans de guerre-civile, a eu une croissance de 11%, du fait doublement des prix des matières premières et de la fin de la guerre dans ce pays. Le Libéria, aujourd’hui dirigé par une femme, est à mon avis le plus grand symbole de cette renaissance africaine, proclamée par Kwamé Nrumah le 12 décembre 1962. On peut aussi évoquer l’essor économique fulgurant de l’Angola, théâtre d’une opposition sanglante entre la Cia et le Kgb. Les investissements extérieurs directs ont doublé, voir triplé dans certains cas. Cette année, le total de la capitalisation boursière des 25 premières sociétés africaines atteint 416 milliards de dollars. Ces données paraissent encore dérisoires, mais très encourageantes. Une société de conseil américaine, Boston Consulting Group, a désigné cette année 40 sociétés africaines comme étant parmi les plus performantes du monde. Selon les prévisions les plus sérieuses, l’Afrique pourrait fournir dans un avenir proche 25% des hydrocarbures dans le monde.
Ce flux de capitaux pose de nouveaux défis, liés aux conditions dans lesquelles les anciennes puissances socialistes, la Russie et la Chine, investissent en Afrique, puisqu’ils se montrent peu regardants quand aux exigences de bonne gouvernance et de droits de l’homme. Il y a aussi des défis liés au terrorisme, à la circulation internationale de la drogue qui méritent d’être prises en charge par les opinions africaines.
Reste maintenant ce qu’ailleurs, on appelle l’hypothèque culturelle. On parle de la culture européenne comme culture dominante. Mais tout dépend de la perspective dans laquelle on se situe. Je ne veux pas parler ici de Culture au sens de Cultura, mais au sens de production des biens culturels, dans le monde moderne. Les Africains ont produit des œuvres majestueuses dans les domaines de l’architecture, des Arts, depuis les périodes anciennes. Nous avons eu des artistes de génie capables de rivaliser avec les meilleurs de ce monde. Aujourd’hui, contrairement à une idée conçue, l’industrie culturelle de masse est dominée par les Noirs. Les peuples urbains du monde entier, surtout les jeunes, s’habillent comme les jeunes noirs d’Amérique, s’identifient à des artistes noirs, à des joueurs noirs, à des musiciens noirs. Les inventions musicales les plus prodigieuses, le reggae, la salsa, la soul et le jazz sont le fait de Noirs. Akon et Jay Z ont fait plus d’argent cette année que la plupart des grands entrepreneurs de ce monde. Ils gèrent de véritables industries culturelles qui pénètrent les foyers du monde entier et magnifient la grandeur de l’âme noire.
Cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu’avec un cadre politique stabilisé, des instruments de gouvernance et de contrôle modernisés, nous autres africains, pouvons rapidement nous mettre aux mêmes standards de développement que l’Europe. Nous avons un grand avantage sur les autres peuples, c’est que nous avons tout à gagner et rien à perdre. Notre croissance démographique, perçue pendant longtemps comme le signe d’une tare congénitale, est maintenant notre plus grand atout, avec un marché potentiel d’un milliard d’individus, pendant que l’Europe vieillit.
Vous savez, à chaque fois que les africains sont allés en compétition dans des conditions de chance égales, ils ont été performants. On disait qu’ils n’étaient bons que pour l’athlétisme. En réalité, c’était le seul domaine qui leur était ouvert. Ils sont devenus les meilleurs. On les a mis dans le football, ils sont devenus les meilleurs. On les a mis dans le golf, ils sont devenus les meilleurs. Quand, aux Etats-Unis, l’establishment blanc a accordé les mêmes droits aux Noirs, ils n’ont pas attendu 50 ans pour donner à l’Amérique son premier président noir et sans doute un des hommes politiques les plus talentueux et les plus charismatiques de tous les temps. Aujourd’hui, des entrepreneurs, des ingénieurs, des hommes d’affaires apportent un démenti à l’assertion selon laquelle nous ne serions qu’émotion. Soyons donc fiers d’être noirs. Nous devons donc rompre le complexe assumé par Bernard Dadié selon qui le soleil se cache de honte, pour l’avoir brûlé de la tête aux pieds. Non, nous devons remercier la Providence de nous avoir doté de cette belle couche de mélanine qui nous fait bénéficier des bienfaits du soleil sans en souffrir. Quand vous sortiez de cette salle, marchez la tête haute et soyez fiers d’être ce que vous êtes : des hommes noirs.

mercredi 28 juillet 2010

Succés du mondial sud africain: yes we can!

Par Baidy Kane

Yes, we can!
Organiser une coupe du monde de football n est pas facile. Mais l´ Afrique a démontré á travers ce modial sud africain , qu elle a la capacité de surprendre le monde et pourquoi pas prendre son destin en main. L Afrique a donné la réponse qu il fallait á ses nombreux détracteurs á sa juste valeur. L´Afrique a su taire toutes ces voix pessimistes qui redoutaient et prédisaient un échec cuisant á ce grand événement sportif de la planéte sur nos terres. La réussite de l´organisation de ce mondial démontre encore une fois que le continent noir a la capacité de relever tous les défis de ce troisiéme millinaire, surtout en pensant á toute cette mobilisation de ressources financiéres, logistiques, et humaines. Rien que pour la réussite d´un tel événement, plus de 4 milliards d´euros ont été investis en Afrique du Sud tenant compte des différents projets et réalisations menés dans le pays.
Meme avec l´élimination précoce des représantants du continent á l´exception du Ghana éliminé de justesse en quarts de finale, les sud africains ont assuré le fair play remplissant les stades garantissant le spectacle jusqu´á la fin de la compétition. Meme le vuvuzela,sujet de polémique de ce mondial aura tout de meme donné á cette coupe du monde une touche africaine malgré les incessantes condamnations de ses détracteurs. D´ailleurs, cette trompéte africaine aura connu un succés jamais égalé á travers les quatre coins de la planéte. De l´inde jusqu´en Australie, en passant par le Brésil et la Roumanie. Meme, des pays de faible expression footbalistique auront adhéré á la cause du vuvuzela.
Comme disait l´autre, L Afrique est le porte bonheur de l´Europe. Meme sur le plan sportif. Cet adage se confirme, car c´est en Afrique du Sud que le monde assistera á une finale inédite entre deux nations européennes qui n´avaient, jusqu´ici, jamais gagné la coupe du monde, meme si au départ, les nombreux pronostics étaient totalement en faveur des sud américains. Raison pour laquelle, on ne le dira jamais assez, qu´il est temps que l´Europe ait plus d´égard au continent africain. Égard par rapport á ces nombreux fils d´Afrique vistimes quotidiennement du racisme et de la discrimination. Égards au continent noir , et á l ´endroit de ses pays, en cessant de sponsoriser des guerres entre fréres ennemis dans le continent africain. Et Enfin, égards en ces pays d´Afrique en créant une nouvelle ére de coopération entre le continent noir et l´Europe, basée sur de nouveaux modes de partenariat juste et équitable en abolissant toute forme d´exploitation de nos ressources.
Donc , ce mondial africain aura certainement permis au monde de se faire une autre image du continent noir capable de prendre, á coup sur, son destin en main. Raison pour laquelle, l´espoir est permis pour revivre encore des moments historiques en terre africaine avec une nouvelle candidature de l´ Afrique du Sud , mais cette fois-ci, ce sera pour les jeux olympiques de 2020. Wait and see!